• Labo d'Archéologie : les châteaux-forts

    Labo d'Archéologie : l'évolution des châteaux-forts

     ... l'évolution des châteaux-forts

     

     

    Les châteaux-forts, ça fait rêver. Devant ces imposants colosses de pierre, on se prend à imaginer le foisonnement de la population qui l'habitait, on croit apercevoir l'éclat rutilant des armures des gardes sur le chemin de ronde, on entend presque les cris et le tumulte des assauts...

    Mais avant d'en arriver aux citadelles imprenables, il a fallu en passer par des bastions plus modestes, agrandis et améliorés au fil du temps, chaque nouvelle génération de seigneur remaniant la demeure pour la rendre plus forte, plus luxueuse, plus imposante. Les châteaux que l'on peut visiter aujourd'hui sont le résultat de plusieurs siècles de chantiers successifs où les époques s'entremêlent. Difficile, donc, de savoir à quoi ils ressemblaient à chaque moment de leur longue histoire.

    Essayons de retracer leur évolution:

     

     Donjons à motte 

    (IX°-X° siècles)

    Au IX° siècle, les vikings débarquent en force dans le royaume de France. Envahissant d'abord le littoral, ils finissent par s'aventurer assez profondément dans les terres en remontant les fleuves.

    Les seigneurs n'ont pas d'autre choix que de se fortifier pour résister à leurs attaques brutales. Les premières mottes castrales vont naître.

    Labo d'Archéologie : les châteaux-forts                         donjon a motte

                   (motte naturelle)                                                      (motte artificielle)     

    On érige sur une hauteur une tour de bois, le donjon. Selon la topographie des lieux, on choisit parfois une éminence naturelle. Si le relief ne le permet pas, on accumule alors de la terre pour former une butte conique. On l'entoure souvent d'un fossé et d'une palissade de bois.

    Au pied de la butte, une autre palissade encercle et protège les bâtiments d'usage et de logements, c'est la basse-cour.

    Encore rudimentaires, ces mottes castrales présentent déjà les éléments principaux de ce que deviendront les châteaux.

     

     Donjons en pierre 

    (XI°-XII° siècles)

    Fragiles et très faciles à incendier, les châteaux de bois montrent rapidement leurs limites. En gardant le même modèle et souvent sur les fondations précédentes, on renforce l'élément principal en bâtissant des donjons en pierre. Au début, les remparts sont encore en bois. Peu à peu, les enceintes seront elles aussi maçonnées.

    Labo d'Archéologie : les châteaux-forts

    Le plus ancien donjon de pierre connu en France est celui de Langeais (Indre-et-Loire). Il n'en reste plus grand-chose :

    donjon Langeais                   donjon Langeais reconstitution

              (les ruines actuelles)                                                        (reconstitution)

    Il a été construit à la fin du X° siècle, vers 995, par Foulques Nerra (= le Noir), Comte d'Anjou. Il veillait alors sur la frontière entre son Comté angevin et le royaume de France.

    Le mieux conservé est dû au même prince et se trouve à quelques kilomètres: c'est celui de Loches (Indre-et-Loire), érigé vers 1015.

    donjon Loches                             donjon Loches croquis

                 (les ruines actuelles)                                                       (reconstitution)

    Aujourd'hui enserré dans une enceinte du XIII° siècle, le bâtiment lui-même n'a pas été remanié, ce qui en fait un excellent témoin de l'architecture défensive du XI° siècle. Il culmine à 36 mètres.

    Le plus gros et sans doute le plus prestigieux se trouve à Falaise (Calvados) :

    donjon Falaise                        donjon Falaise

    Débuté vers 1120 avec le grand donjon carré, il a été agrandi avec l'adjonction contre le précédent du petit donjon carré vers 1150. La tour ronde, dite tour Talbot, a été rajoutée plus tardivement au début du XIII° siècle.

    C'est à l'emplacement de ce château qu'est né vers 1027 le célèbre Guillaume, Duc de Normandie, qu'on connaît mieux sous le nom de Guillaume le Conquérant, devenu Roi d'Angleterre en 1066.

     

     Châteaux philippiens 

    (Fin XII° - Début XIII° siècle)

    Les remparts se renforcent et se ponctuent de tours. Généralement carrées, elles favorisent les angles morts et ne permettent pas une défense optimale des archers. On va alors les remplacer par des tours rondes.

    A partir de 1190, le Roi Philippe Auguste entreprend l'édification du château du Louvre (Paris). Il présente un plan carré, flanqué à chaque angle d'une tour ronde et d'un donjon central. Il est entouré de fossés secs, qu'on appelle les douves.

    vestiges Louvre                                Louvre Philippe Auguste

                 ( vestiges actuels )                                                             (reconstitution)

    Ce modèle est adopté dans le reste de la France, d'où le terme de châteaux philippiens. Progressivement perfectionné, on y adjoint un châtelet d'entrée et on déplace le donjon à l'un des angles. Au départ prévu pour être au centre du quadrilatère, cette position le rendait moins efficace, les archers étant gênés par les remparts. Comme cette tour maîtresse devient plus exposée, on la renforce alors en créant la chemise, une enceinte généralement circulaire doublée d'un fossé. 

    Un bon exemple existe encore à Dourdan (Essonne) :

    chateau Dourdan                  maquette Dourdan

                  (château actuel)                                                         (reconstitution)     

    Construit vers 1220, il a été très peu modifié depuis. C'est un des meilleurs aperçus encore visibles d'une place forte typique du XIII° siècle.

    Refuge ultime en cas d'attaque, le donjon est progressivement déserté en tant que résidence. A la recherche de plus de confort, les seigneurs y font généralement accolé un corps de logis. Progressivement s'y ajouteront des chapelles, bâtiments de service et de logements du personnel. Très souvent, les douves sont mises en eau.

    Sur ce plan a priori simple, certains seigneurs bâtiront des forteresses puissantes, comme Enguerrand de Coucy (Aisne), qui fit édifier ce château vers 1230:

    chateau Coucy                                            chateau Coucy

    De nos jours, il n'en reste que des vestiges qui ne permettent pas de se faire une réelle idée de l'architecture militaire de cette époque.

    C'est en Bourgogne qu'on pourra avoir une véritable vision d'un château philippien intact. Enfin... Pas tout-à-fait ! Celui-ci n'est pas en ruine, mais il n'est  pas fini !

    Depuis plusieurs années, une expérience est en cours qui consiste à bâtir un château du XIII° siècle avec les moyens de l'époque. La construction est prévue pour s'étaler sur plus de vingt ans et le chantier se visite, sauf pendant l'hiver.

    Cette attraction originale et éducative est également très précieuse aux historiens et archéologues qui peuvent ainsi confirmer ou infirmer leurs hypothèses. Le chantier est situé à Guédelon (Yonne).

    guedelon chantier      guedelon projet

                   (état actuel du chantier)                                              (prévisions)

    A défaut de pouvoir vous y rendre, vous pouvez visiter le site internet et connaître ainsi l'avancée des travaux et tout savoir sur le projet :

    Le Site internet de Guédelon

     

     Sophistication des châteaux 

    (XIII° - XIV° siècle)

    C'est l'âge d'or des châteaux-forts. Les guerres contre les anglais sont presque perpétuelles, les guerres continuelles entre Provinces, entre seigneurs obligent à développer considérablement les forteresses. Tout le royaume se couvre de constructions.

    description chateau-fort

    Cette frénésie engendre une meilleure expérience des architectes et les inventions se multiplient. De plus en plus sophistiqués, les châteaux sont aussi de plus en plus imprenables. Les enceintes se font plus complexes, les tours et moyens de défense plus efficaces.

    description chateau-fort

    Selon les régions et leurs particularités architecturales, selon la configuration des lieux, les châteaux revêtent des aspects très différents. Une grande variété de styles émerge dans la forme, dans la couleur des pierres, dans la taille des enceintes et le nombre de tours.

     

     De la forteresse au palais de plaisance 

    (XV° siècle)

    La fin du château-fort s'annonce. Peu à peu, les grands princes se font construire des palais et réaménagent les vieux châteaux en faisant construire des corps de logis, en perçant de grandes ouvertures. La représentation, la volonté d'affirmer sa grandeur l'emporte sur les considérations de défense. On bascule de la forteresse à la résidence.

    C'est sous le règne de Louis XI que la transformation commence. On peut le constater au Plessis-Bourré (Maine-et-Loire) :

    chateau Plessis-Bourre                          chateau Plessis-Bourre

    Érigé dans les années 1470, c'est un bon exemple de transition : si on y trouve encore les éléments architecturaux traditionnels, les courtines deviennent des bâtiments, les créneaux sont remplacés par des toitures et les ouvertures se font nombreuses. Peu efficaces en cas d'attaque, les éléments de défense sont surtout symboliques de la puissance du propriétaire.

    Le dernier château-fort construit (vers 1480), avec son donjon spécialement bâti pour résister à l'artillerie ne sera jamais utile puisqu'il ne sera jamais attaqué. On peut encore le visiter à Bonaguil (Lot-et-Garonne) :

    chateau Bonaguil                                   chateau Bonaguil

                  (vestiges actuels)                                                              (reconstitution)

    La tendance est désormais à la destruction des ailes pour ouvrir les cours sur des parcs et jardins, au percement de hautes fenêtres pour apporter la lumière dans les intérieurs, à la décoration et aux ornements qui annoncent la fin du Moyen-Age et l'arrivée de la Renaissance.

    Le dernier des châteaux-forts n'en est pas un puisqu'il n'en copie que les principaux aspects sans vocation défensive. Nous l'avons visité en détail dans cet article. C'est le château de Chambord (Loir-et-Cher).

    chambord

    Bâti ex-nihilo à partir de 1519 par François Ier, il adopte le plan traditionnel de la forteresse: plan carré, tours aux quatre angles, donjon central. Mais il renonce à tous moyens de défense par de grandes ouvertures. Son aspect château-fort ne sert qu'à témoigner de la force du Roi. Ses décors, fenêtres, cheminées, plafonds, aménagements intérieurs annoncent une nouvelle ère.

    Avec l'arrivée de la poudre, la guerre a changé d'aspect. Le temps des chevaliers est révolu. Désormais, le temps est venu des batailles rangées à distance. Cette évolution marque la fin des châteaux-forts.

    Vous avez bien tout suivi ? Alors, résumons :

    evolution des chateaux-forts

    Voilà ! Vous savez désormais qu'il a fallu des siècles avant d'arriver au château idéal et qu'une fois ce but atteint, il est ironiquement devenu inutile.

    On construira encore des forteresses après le Moyen-Age, notamment celles de Vauban, puis celles de Napoléon et les systèmes de défense de la fin du XIX° siècle. Toutes se sont inspirées des connaissances acquises par l'édification des châteaux-forts.

    En même temps que les constructions militaires, leurs occupants, les chevaliers, ont eux aussi connu des évolutions. Vous voulez en savoir plus ? Alors...

    Suivez-moi !

    ==> ♦ Labo d'archéologie : les chevaliers ♦

     

     

     

    « Avis sur la vie sans télé !Faire sa propre bande dessinée facilement »
    Pin It

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :