• Réponses des candidats à la présidentielle : Chapitre 2

    Et voilà ! Après une bien longue attente, nous sommes à présent fixés sur le nombre de chapitres que contiendra cette triste saga.

    Vous l'aurez compris, ce sera le dernier, et par la force des choses, il ne sera pas très fouillé. Mais finalement assez représentatif de cette campagne présidentielle ou à peu près rien ne sera dit sur à peu près tout.

    Vous l'avez sans doute remarqué, cette campagne est atypique. Pourquoi ? Peut-être parce qu'on a la furieuse impression qu'elle ne nous concerne pas et que les candidats et leurs complices médiatiques ont choisi de la jouer entre eux, dans leur cercle restreint de gens qui ne se contrarient pas trop (enfin, un peu devant les caméras, ça fait partie du spectacle, mais restons en surface surtout).

    Ce n'est pourtant pas faute de vouloir participer. Nous avons été nombreux à les interpeller par courrier, par mail, à les avoir questionnés, invités à nous exposer plus en détails leurs propositions. Aux dernières nouvelles, la plupart d'entre nous n'ont pas reçu de réponses. Vous vous en doutez, ce fut mon cas.

    N'espérez donc pas quoi que ce soit de croustillant ici, nous n'avons pas eu l'honneur d'attirer l'attention de ces messieurs-dames.

    Je dois l'avouer, ces dernières semaines, j'ai pris un coup de vieux. J'ai réalisé avec une lucidité cruelle que je n'avais rien compris de la politique moderne. J'en suis resté aux méthodes "à la papa", à ces vieilles lunes du défunt vingtième siècle.

    J'ai (bêtement) cru qu'une campagne présidentielle, ça se déroulait comme à l'époque de ma jeunesse, quand un Mitterrand ou un Chirac arpentaient sans relâche le moindre sillon, le moindre chemin de terre des contrées les plus reculées, avec pour chacun un petit mot aimable ; quand ces candidats laborieux et consciencieux serraient toutes les mains, répondaient au moindre salut, à toutes les questions et à chaque courrier avec application.

    Bien sûr, nous ne sommes pas naïfs et nous savons bien que ce n'était guère plus sincère mais au moins avait-on l'impression d'un dialogue.

    Or, je ne suis qu'un incorrigible has-been ! Car le politicien d'aujourd'hui n'a plus besoin de tous ces artifices. La campagne du politicien moderne est calibrée avec grand soin et précision : quelques meetings, des apparitions télévisées ciblées (avec parfois des questions... hem, hem... "spontanées" de citoyens triés sur le volet pour faire croire que bon, quand même...), deux ou trois déclarations dans la presse et puis c'est emballé.

    Surtout, pas question de croiser le peuple. On fait croire que si à grands coups de rassemblements bruyants où, finalement, personne, pas même les bénévoles qui participent à l'organisation, n'aura l'occasion d'approcher le champion, le sauveur (l'homme providentiel qu'on vous dit !).

    Sa grandeur arrivera au dernier moment, passera par l'entrée de derrière, saluera chaleureusement son carré de fidèles arrivés plus tôt pour chauffer la salle, montera sur scène pour délivrer d'une voix tremblante d'émotion son prêche (laïc, bien sûr !) et s'en retournera, sans le moindre mot personnel pour le petit peuple qui l'acclame (à juste titre se convainc-t-il), dans le cocon feutré de son bureau de campagne où il analysera sans rougir le succès de sa rencontre avec les "vrais gens".

    C'est cela la politique moderne : "Éloignez ce peuple que je ne saurais voir !" "Loin de moi les manants, les obscurs , les sans-dents !" "Ne vous avisez pas d'approcher la magnificence de nos éminentes majestés !"

    Mais refermons cette petite parenthèse. Aucune réponse de leur part, donc ! Aucune réaction au livre et au courrier que je leur ai adressés ! (Je n'y vois rien de personnel, ce fut le cas de nombreux autre citoyens, voire associations, que je fréquente).

    A l'exception, vous vous en souvenez certainement, de Monsieur Fillon dont j'ai eu le bonheur d'analyser le programme ébouriffant dans un précédent article. Certes, sa réponse manquait de sérieux, de profondeur, de coffre, d'ambition,... Mais comme nous nous faisons un devoir de nous montrer objectifs, il nous faut reconnaître qu'il est finalement le seul à avoir eu le courage d'oser une réponse.

    Cela sera loin d'être suffisant pour me convaincre de lui apporter mon suffrage mais il faut savoir saluer le courage, d'où qu'il vienne et même quand il est aussi timide et peu audacieux, dans une époque où la clique politique en manque cruellement.

    Alors, après cet échec patent dans notre tentative de communication, que nous reste-t-il pour juger de leur état d'esprit sur la question posée, à savoir les projets envisagés pour améliorer le système éducatif français ?

    Et bien pas grand-chose puisque sur ce sujet, comme sur à peu près tous les autres, leurs programmes sont truffés de phrases toutes faites, de belles déclarations d'intention, d'idées générales sans que rien, jamais, ne soit détaillé.

    Faisons donc un petit tour d'horizon, sur la base des jolis prospectus en couleur que nous avons tous reçus et qui sont, au final, les seuls documents qui font foi (c'est justement pour cela qu'on les appelle des "professions de foi"). Car ne vous y trompez pas ! Tout le reste n'est que blabla, du baume pour les oreilles, qui peut prétendre une chose un jour ou son exact contraire dès le lendemain. Le "vrai" programme officiel, dûment enregistré par le Conseil Constitutionnel, c'est celui-là et pas un autre !

    Les candidats, quels qu'ils soient, ne s'engagent à rien d'autre que ce qui est répertorié ici. Et encore connaît-on la faible valeur de leurs engagements puisqu'ils ont su nous prouver, de droite à gauche, le peu de respect qu'ils avaient de la parole donnée, voire de leur propre signature.

    Puisque c'est la seule option qu'ils nous laissent, analysons donc les courtes lignes qui nous intéressent. (Par ordre alphabétique, comme ça, on ne viendra pas dire que...) Vous pouvez vérifier les citations, vous les avez trouvées dans votre boîte à lettres.

     

    Monsieur Benoît Hamon

    Réponses des candidats à la présidentielle : Chapitre 2

    En voilà un qui, en tant que candidat, aura su se montrer aussi inoubliable et percutant qu'en tant que Ministre de l’Éducation Nationale. Ce fut pareil : on l'a à peine vu passer. C'est déjà bon signe !

    "Construire l'avenir de nos enfants passe par une politique éducative ambitieuse"

    Ben, tiens, je me tue à leur dire...

    "C'est l’École de la république qui donnera l'égalité réelle à nos enfants."

    On notera l'emploi opportun du futur (le conditionnel aurait même été encore plus opportun) ! Elle "donnera" l'égalité réelle, un jour peut-être...  En tous cas, si l'on en croit les rapports nationaux et internationaux, à l'heure actuelle, cette égalité n'existe pas.

    Je vous laisse lire le reste par vous-même, vous y comprendrez aisément que le peu de mesures envisagées est en totale contradiction avec l'annonce clinquante reproduite ci-dessus.

    Création de 20 000 postes, pas plus de 25 élèves par classe, nouvelle carte scolaire pour développer la mixité,... Mais où donc ai-je déjà lu ça ? Ah, oui, je me souviens ! A la dernière élection ! Et puis à celle d'avant aussi ! Et également à celle d'avant celle d'avant !

    De l'ambition, décidément, de l'ambition !

    On l'aura compris, avec ce candidat, pas de changements à attendre. Une exacte continuité avec la politique actuellement menée.

    Affaire réglée ! Au suivant...

     

    Madame Marine Le Pen

    Réponses des candidats à la présidentielle : Chapitre 2

    Madame Le Pen veut nous remettre en ordre. Ça ne fera pas de mal à la France de ranger un peu les chaussettes qui traînent, nous dit-elle.

    Moi, je veux bien, mais je me demande si elle est vraiment qualifiée pour me donner des leçons de rangement. Car, de toute évidence, elle ne sait pas trier son courrier au point même d'oublier d'y répondre.

    Alors, qu'envisage-t-elle dans son catalogue ? Je l'ai parcouru attentivement, non par admiration littéraire mais pour y chercher la moindre trace d'un quelconque projet pour l'école. Il faut gratter un peu avec un petit pinceau, comme un archéologue, pour exhumer les traces ténues d'une quelconque notion éducative.

    A l'issue de plusieurs heures de recherches, j'ai fini par dénicher deux mentions qui pourraient peut-être s'apparenter à un vague projet éducatif (attention, ça reste à confirmer par les recherches en laboratoire) : "Enseigner dans les écoles l'amour de la France." et, plus loin, "école restaurée". Voilà, avec ça, on est tranquille, ça va tout arranger.

    Alors que retenir du projet de Madame Le Pen pour l'école ? Personnellement, je n'ai retenu qu'une chose : c'est vrai que c'est quand même joli le Mont Saint-Michel, il faudra que j'y retourne.

    Affaire réglée !  Au suivant...

     

    Monsieur Emmanuel Macron 

    Réponses des candidats à la présidentielle : Chapitre 2

    Avec lui, on ne devrait pas être déçu puisqu'il veut tout bouleverser. "Le changement, c'est maintenant !" (Ah, non, pardon, je m'embrouille, ça c'était hier et c'était un autre. Mais il faut dire que la confusion est possible, quand même...)

    Monsieur Macron est différent, il est anti-système ! Il veut faire de la politique autrement, être le symbole du renouveau. Monsieur Macron n'a rien à voir avec ceux qui, auparavant, ont gouverné la France.

    Il n'a rien à voir avec messieurs Le Drian, Valls, De Villepin, Douste-Blazy, Bayrou,... Rien à voir avec tous ses soutiens qui, à un moment ou un autre, ont tous été ministres. Rien à voir, vous dit-il ! Ce n'est tout de même pas sa faute si ces gens-là ont décidé de voter pour lui. Il est anti-système, vous dit-il !

    Sans doute faut-il en conclure que toute cette kyrielle de gens qui ont exercé des responsabilités ces trente dernières années et qui appellent à voter pour lui sont tous des anti-systèmes. Je ne vois pas d'autre hypothèse.

    En tout cas, pour ce qui me concerne, je n'ai pas vu beaucoup de différence entre les méchants candidats du système et le messie du renouveau. Comme les autres, le sauveur des temps modernes n'a pas daigné répondre.

    Nous lui pardonnerons facilement en lisant ses propositions nouvelles du renouveau pour changer les choses qui ne seront plus pareilles. Car, il nous l'affirme : "Le premier chantier sera celui de l'éducation et de la culture."

    Et pour ce chantier considérable, Monsieur Macron n'y va pas par quatre chemins : "Je veux remettre la transmission des savoirs fondamentaux, de notre culture et de nos valeurs au cœur du projet de notre école et de nos universités." Aucune idée de ce que ça peut bien vouloir dire en termes de mesures concrètes mais ça ne devrait froisser personne.

    Heureusement, Monsieur Macron, un peu plus loin, se fait plus précis :

    "Donner les mêmes chances à tous nos enfants : pas plus de 12 élèves par classe dans les CP et CE1 des zones prioritaires." Doit-on en conclure que partout ailleurs, les classes resteront surchargées au-delà de 25 élèves ? Les mêmes chances pour tous, donc, effectivement !

    Enfin, dernière mesure, et pas des moindres : "rétablissement des études dirigées après la classe pour tous les élèves." Traduction : puisque l'école n'est pas assez efficace, faisons de l'école après l'école avec les méthodes de l'école. Brillant !

    On comprend mieux pourquoi Monsieur Macron a préféré ne pas répondre à ma question. Répondre, c'est s'exposer ! Peu importe puisqu'on aura compris l'essentiel de son positionnement, qui est semblable à ses positions sur tous les autres sujets.

    Monsieur Macron n'est ni pour, ni contre ! C'est même tout le contraire !

    Affaire réglée !  Au suivant...

     

    Monsieur Jean-Luc Mélenchon

    Réponses des candidats à la présidentielle : Chapitre 2

    Monsieur Mélenchon veut rendre le pouvoir au peuple. Un serment auquel je ne peux que souscrire ! Sauf que... J'ai du mal à comprendre comment le peuple aura voix au chapitre sous le règne de Monsieur Mélenchon, attendu que, même en pleine campagne, il ne prend pas la peine de répondre au-dit peuple. Car, hélas, je ne suis pas le seul à qui il a adressé une fin de non-recevoir. Beaucoup d'autres citoyens, de collectifs, d'associations l'ont interrogé pour un résultat similaire : un silence assourdissant.

    Cela commence bien mal et n'augure rien de bon.

    Que trouve-t-on sur le sujet qui nous préoccupe dans sa petite brochure ? Une seule chose, hélas, bien peu inspirante : "J'étendrai la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans."

    Comme toujours, on a droit au terme flou de "scolarité obligatoire". Ne jouons pas sur les mots, plaident ses partisans. Monsieur Mélenchon précisera plus tard, affirment-ils. Il n'empêche que tous ces flous, ces imprécisions qu'on précisera plus tard me laissent un drôle d'arrière-goût en bouche. Vous me trouverez peut-être exagérément suspicieux mais, en général, j'ai tendance à préférer que les choses soit précisées avant que je signe un contrat.

    Au reste, arrêtons-nous un instant sur cette mesure et la contradiction particulièrement curieuse qu'elle crée avec une autre proposition : "droit de vote à 16 ans, vote obligatoire et reconnaissance du vote blanc".

    (Vote obligatoire ? On pourra au passage remarquer que ça commence à faire beaucoup "d'obligatoire" dans la société de liberté du peuple qu'on essaye  de nous vendre. Une liberté, une "force du peuple", qui dès le premier abord, paraît tout de même bien encadrée.)

    Ne voyez-vous pas l'incohérence totale entre les deux propositions ? D'un côté, "scolarité obligatoire jusqu'à 18 ans" et de l'autre "droit de vote à 16 ans".

    Il me semble (arrêtez-moi si je dis une bêtise) que dans une démocratie, donner le droit de vote à quelqu'un, c'est lui reconnaître l'entièreté de ses droits civiques, et par-là même, le reconnaître émancipé et citoyen à part entière.

    On aura donc, entre 16 et 18 ans, une catégorie de sous-citoyens, qui auront la reconnaissance officielle que leur maturité leur permet de voter, mais qui devront tout de même obligatoirement poursuivre une scolarité. Étrange hiatus !

    En soulevant le problème autrement, on aura des citoyens à qui on donnera le droit de vote mais qui auront une analyse politique limitée au programme officiel de l’Éducation Nationale, le fameux socle commun. Autrement dit, on donnera le droit de vote à des citoyens maintenus sous influence. Rien ne vous choque ?

    A l'instar du reste de son programme, les projets éducatifs de Monsieur Mélenchon sont particulièrement flous et ouverts à de nombreuses interprétations. Prenons un galimatias de grands principes qui claquent, Mélenchon bien tout ça et on obtient une salade composée qui devrait faire l'affaire pour que le peuple tombe dans le panneau sans voir la supercherie.

    On l'aura compris, comme les autres, soit Monsieur Mélenchon n'a pas réfléchi au sujet, soit il attendra d'être élu pour nous dévoiler ses projets réels.

    Affaire réglée ! Au suivant...

     

    A vrai dire, cette fois, il n'y a pas de suivants !

    Pardon pour les petits candidats avec lesquels je ne veux pas être offensant mais on sait tous, qu'on le regrette ou non, que les mesures qu'ils proposent n'ont guère d'importance tant elles ont peu de chances d'être appliquées un jour. Par surcroît, aucun d'entre eux ne s'est précipité non plus pour répondre, ce qui aurait pourtant permis de leur offrir ici une tribune supplémentaire.

    Quelle conclusion tirer de ma tentative avortée d'établir un dialogue constructif avec ceux qui mendient nos voix ? Pour ce qui me concerne, la conclusion est toute simple. Si ces messieurs-dames ne daignent pas faire l'effort de s'expliquer auprès de leurs électeurs, je ne vois pas pourquoi l'électeur que je suis perdrait du temps à accréditer leur système moisissant.

    Je suis peut-être un peu vieille France, un peu tatillon, mais je considère leur absence de réponse comme un manque total de respect et de savoir-vivre. Et face à des menteurs patentés, qui refusent de perdre du temps avec le plébéien que je suis, il ne me reste qu'une alternative : l'abstention !

    Même l'argument éculé du "faut voter quand même, au moins pour le moins pire" n'aura aucune prise sur moi pour la bonne raison que je considère que dans cette collection qu'on nous soumet, il n'y a pas de moins pire.

    Tous, sans exception, m'apparaissent à un titre ou à un autre, comme des dangers pour notre pays, notre démocratie et nos libertés. Je refuse de cautionner ce système oligarchique dont aucun d'entre eux ne souhaite réellement sortir.

    Dimanche, j'irai faire une belle randonnée dans la nature et je ne reviendrai que quand je serai absolument certains que tous les bureaux de vote sont fermés.

     

     

     

    « Réponses des candidats à la présidentielle : Chapitre 1 Stop aux préjugés »
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  • Commentaires

    1
    célinem
    Vendredi 21 Avril à 15:16
    célinem

    Si ces nouvelles ne nous donnaient pas l'occasion d'en rire un coup...ce serait juste bien triste à pleurer. Merci et courage car..."on n'est pas encore sortis de l'auberge!"

    2
    steph
    Vendredi 21 Avril à 19:50

    Merci pour toute cette énergie citoyenne déployée,je me retrouve dans cette analyse de tous ces candidats et moi aussi dimanche je resterai les pieds dans l herbe,loin de cette mascarade!Bonne fin de semaine sous le soleil.stéphanie

    3
    Emilie Oum Kalthoum
    Lundi 24 Avril à 21:02

    On rit jaune...

    J'ai la même conclusion : pour moi non plus il n'y a pas de moins pire.

    Tous le monde nous bassine avec le "On doit voter contre le FN". Mais en théorie on ne devrait pas voter contre quelqu'un mais pour quelqu'un !!!

    Cette élection, comme la précédente, n'est qu'une vulgaire mascarade.

    Voter c'est cautionner ce système ! Et voter blanc ne sert à rien puisque ça n'est pas reconnu !

    4
    Lo
    Dimanche 30 Avril à 17:24

    Au sujet de la conclusion : Mieux vaut tard que jamais...et puis c'est peut-être ça la révolution en démocratie représentative ?

    Imaginons 70% d'abstention et/ou de non vote...

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