• Labo d'archéologie : la société médiévale

    Labo d'archéologie : la société féodale

    ... la société médiévale

     

    Nous avons eu l'occasion de voir dans de précédents articles la longue évolution des châteaux-forts et la transformation progressive de l'armure des chevaliers.

    Voyons maintenant comment était organisée la société dans ces âges que l'on croit obscurs et qui ne l'étaient pas tant que ça.

    les trois ordres medievaux

    Elle se découpe en trois ordres. On dirait aujourd'hui des classes sociales.

    1 - Bellatores : ceux qui combattent, la noblesse.

    2 - Oratores : ceux qui prient, le clergé.

    3 - Laboratores : ceux qui travaillent, le tiers-état.

    C'est en latin ! Et oui, au Moyen-Age, on parlait encore beaucoup le latin. C'était la langue de la religion mais aussi la langue des érudits et celle des actes officiels. En fait, c'était un peu la langue commune car le français était en cours de formation.

    Il ne ressemblait pas à ce que nous connaissons aujourd'hui et ses variantes étaient très nombreuses. Le royaume était en quelque sorte coupé en deux avec au nord la langue d'oïl (plus influencée par les idiomes germaniques) et au sud la langue d'oc (sous l'influence des idiomes latins).  Mais cela, c'est la théorie car dans la réalité, on comptait plusieurs langues d'oïl et plusieurs langues d'oc. Chaque "région" parlait un français local avec des expressions, prononciations et des sens très différents.

    Le latin était donc le meilleur moyen de se comprendre entre Montpellier et Lille.

     

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    bellatores

    Même si les armées étaient renforcées de nombreux auxiliaires issus du peuple (qui constituaient les troupes d'archers, arbalétriers, lanciers, piquiers, hallebardiers,...), la classe des Bellatores à proprement parler est celle des chevaliers, donc des seigneurs. C'est le groupe dominant au Moyen-Age, celui qui détient le pouvoir.

    Le seigneur a le droit de haute et basse justice (ducs, comtes,...), parfois seulement de basse justice (châtelains). Le droit de basse justice n'autorise à juger que les délits mineurs. Le droit de haute justice, réservé aux suzerains, autorise à juger les crimes et donc, à prononcer la peine de mort.

    En ville :

    Au début, logés dans le château qui protège la cité, les grands seigneurs ont rapidement cherché un meilleur confort et se sont fait bâtir des palais citadins, qu'on appelait des hôtels. La ville étant généralement déjà défendue par des enceintes, tours et bastilles, ces palais n'étaient pourvus d'aucun réel moyen de défense. Le vieux château devenait une simple caserne et un lieu de refuge en cas de siège.

    Employés à vocation de logement et utiles à titre de représentation, les logis seigneuriaux faisaient la part belle au luxe de la décoration et de l'architecture. D'abord décorés de tapisseries, ils se sont plus tard ornés de murs peints et lambrissés, de plafonds aux poutres et solives colorées.

    palais rihour de Lille   interieur d'un hotel medieval

    Les seigneurs y menaient une vie de cour fastueuse. L'aula était la plus grande et luxueuse pièce. C'était la salle d'honneur. Elle servait de salle du trône, de salle des réceptions officielles, de salle d'audience,... On y donnait régulièrement de copieux banquets.

    banquet moyen age          vie de cour au moyen age

    A la campagne :

    Le seigneur vivait dans son château que sa lignée a fait évoluer au cours du temps. Autour se groupaient plusieurs petits villages ou paroisses qui reconnaissaient son autorité. Le château était la capitale d'un ensemble de bourgs disséminés sur le fief.

    chateau-fort                 chateau philippien remanie

    C'étaient plutôt les petits seigneurs (vicomtes, barons, châtelains) qui se cantonnaient dans ces résidences rurales, leurs puissants suzerains (ducs, et comtes) préférant résider dans les cités.

    Et les dames dans tout ça ? :

    Bien sûr, les femmes n'étaient pas chevaliers. Pourtant, il est arrivé que des femmes commandent des armées. Quand le seigneur était à la guerre ou aux croisades, c'est généralement son épouse qui assurait la régence de ses biens. Elle gouvernait avec les mêmes droits et devoirs que le détenteur du titre. Dans certains cas de figure, des grandes dames se virent confrontées à l'obligation de lever une armée et de mener un combat. Si elles sont restées en retrait de la bataille, elles y furent néanmoins présentes.

    En dehors de ces périodes particulières, les épouses de seigneurs avaient généralement en charge l'éducation des enfants et l'ordonnancement du palais. Très souvent, elles faisaient parti du conseil du seigneur et se voyaient attribués des charges particulières.

    En général :

    La plupart des grands féodaux possédaient de multiples châteaux et hôtels dans plusieurs villes ou en campagne. Leur mode de vie n'était guère différent d'un lieu à l'autre, leur loisir principal étant la chasse.

    [A savoir: La vie des nobles était très itinérante et l'on restait souvent peu de temps dans le même lieu. Il fallait alors tout déménager d'un château à l'autre, ce qui entraînait d'immenses convois de serviteurs, domestiques et biens. C'est pourquoi les châteaux étaient généralement très peu meublés. C'est là l'origine des mots mobilier et meubles, qui signifiaient les "biens mobiles".]

    Comme nos hommes politiques actuels, le seigneur devait tenir compte de l'opinion publique sous peine de voir fleurir les révoltes. Il était loin d'être omnipotent et devait compter avec les corporations, les réunions de villageois. Il devait aussi respecter les lois locales et non écrites qu'on appelait les coutumes. Fortes de leur longue histoire, transmises de génération en génération, elles s'imposaient même au seigneur.

     

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    oratores

    Cette classe comprend tous les ecclésiastiques même si tous ne détiennent pas la même prépondérance. 

    Les évêques étaient très puissants et généralement des enfants de famille de haute noblesse. Les abbés avaient également un grand pouvoir et une grande influence. En revanche, ils n'étaient pas rares qu'ils soient issus de la très petite noblesse, voire du peuple. Devenir moine permettait d'envisager être un jour élu à la tête de son abbaye, c'était un excellent moyen d’ascension sociale.

    Le clergé se divisait en deux parties : le clergé séculier, qui comprenait tous les religieux vivant au milieu des fidèles (curés, évêques) et le clergé régulier, qui regroupait les religieux vivant coupés du monde dans un monastère et qui obéissaient à une règle très stricte (abbés, moines).

    En ville :

    Souvent, les religieux tenaient des hospices, ancêtres des hôpitaux. On les appelait des Hôtels-Dieu. Ils y soignaient les malades et y recevaient les pauvres pour les loger et les nourrir. C'était des lieux de charité.

    hotel Dieu de Beaune                      hotel Dieu de Beaune interieur

    Le clergé était également chargé de l'enseignement. Les écoles étaient menées par des religieux qui y professaient. Pendant longtemps, ce fut aussi le cas des universités avant qu'elles deviennent indépendantes pendant le XIII° siècle. La plupart des précepteurs de jeunes princes étaient également des clercs.

    ecole monastique                sorbonne

    A la campagne :

    C'était au sein des monastères qu'on trouvait le plus de religieux. Ces abbayes ont fleuri au cours du XII° siècle, et certaines accumulaient des richesses considérables. L'idéal monastique était de mener une vie d'ascèse, faite de prières et de travail. Pourtant, les abbés à la tête de ces monastères avaient souvent d'immenses biens à gérer, ce qui les rendait particulièrement importants et particulièrement écoutés.

    Il existait plusieurs règles monastiques. Par exemple, celle des bénédictins (règle de Saint-Benoît), des dominicains (règle de Saint-Dominique) ou des Franciscains (règle de Saint-François d'Assise),...

    Au début du XII° siècle, Bernard, abbé de Clairvaux, réforme la règle bénédictine. Sur ses nouvelles prescriptions, ses disciples fondent l'abbaye de Cîteaux. Forte d'un grand succès, son modèle essaimera dans toute l'Europe où se bâtiront des centaines d'abbayes dites Cisterciennes. Bernard fut un homme engagé et extrêmement influent: il a notamment fait reconnaître les statuts de l'Ordre des Templiers par le Pape ou prêché la deuxième croisade (1146). Il deviendra Saint-Bernard.

    abbaye moyen age                 plan type abbaye cistercienne

    Les moines étaient également vecteurs et gardiens de la culture grâce aux copistes, enlumineurs,...

    cloitre abbaye                             moine copiste

    La plupart des abbayes s'adonnaient à des travaux agricoles. Elles produisaient ainsi des marchandises qui leur rapportaient beaucoup d'argent: du vin, des fromages, des confiseries, des alcools,...

     Et les dames dans tout ça ? :

    La religion ne les a jamais beaucoup avantagées. Si beaucoup furent abbesses ou moniales (= féminin de moines), elles n'avaient pas accès à la prêtrise et ne pouvait pas faire partie du clergé séculier. C'étaient elles qui officiaient le plus souvent dans les hospices.

    En général :

    Les clercs constituaient la classe des érudits, véritables adjoints, complices et parfois concurrents des seigneurs. Parmi les rares de leur époque à maîtriser l'écriture et la lecture, ils occupaient des fonctions éminemment politiques. Les luttes d'influence entre évêques et nobles étaient courantes. Dans les paroisses rurales, le curé étaient le guide spirituel quand le seigneur était le guide politique. On distingue ainsi le pouvoir spirituel (celui de l'église) et le pouvoir temporel (celui du seigneur).

     

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    laboratores

    Le Tiers-état est constitué de tout le reste de la population, soit sa grande majorité. Les métiers possibles étaient nombreux: militaires, artisans, ouvriers, petits commerçants, domestiques, paysans,... 

    En ville :

    C'est là que l'on trouve la plus grande variété d'emploi possibles. Pour entrer en ville avec des marchandises (pour les commerçants du marché, par exemple), il fallait passer par l'Octroi. Ce guichet était établi aux entrées des cités et les marchandises étaient pesées pour calculer les taxes qui s'y appliquaient.

    A partir de l'âge d'or des cathédrales (XII°-XIII° siècle), de nouveaux métiers connurent un important essor: charpentiers, tailleurs de pierres, maçons,...

    octroi a l'entree d'une ville                     artisans moyen age

            A la campagne :

    La grande majorité des gens du peuple étaient paysans. La France était un pays très rural et très agricole. Ils vivaient dans des maisons très simples, groupées en villages.

    coupe maison paysanne

    Toute la famille dormait en général dans la même pièce et même souvent dans le même lit. L'hiver, on abritait les animaux dans une pièce voisine pour profiter de leur chaleur.

    Contrairement aux idées reçues, les paysans n'étaient pas forcément oppressés. L'expression consacrée qui les dit "taillables et corvéables à merci" est erronée (La taille était un impôt et la corvée, un travail obligatoire dû au seigneur). En réalité, s'ils devaient bien des impôts au seigneur, ils en payaient proportionnellement moins que nous de nos jours. Et c'était en échange de la protection militaire et de l'usage des infrastructures communes bâties par le seigneur: fours, moulins, pressoirs,...

    modele d'une seigneurie

    Beaucoup de paysans étaient propriétaires de leurs terres. D'autres les avaient en tenures : ils les louaient au seigneur en payant une redevance. Il y avait aussi la réserve domaniale, des champs qui appartenaient au seigneur et étaient soumis à la corvée.

    La société médiévale étant très religieuse, le calendrier avait une grande importance et on respectait de nombreux jours fériés chaque année, selon les préceptes de l'église. Ces jours non travaillés représentaient, à certaines périodes du Moyen-Age, environ deux jours sur trois en moyenne. Près de deux cents jours fériés par an ! En-dehors de ces "obligations", c'est le rythme de la nature qui fixait les dates de travail et l'hiver était la période de repos forcé.

    travaux des champs moyen age

    Si la vie des paysans du Moyen-Age était rude, c'était surtout à cause de leur métier difficile et des problèmes particuliers liés à leur époque: épidémies, famines, guerres, manque de confort, médecine rudimentaire...

    Et les dames dans tout ça ? :  

    L'égalité des sexes étaient presque respectée. Si les femmes ne s'adonnaient pas aux travaux de force, notamment dans la construction, elles avaient la même charge de travail que les hommes dans bien des domaines. En agriculture, elles pratiquaient à peu près les mêmes travaux.

    En général :

    Le Tiers-état n'était pas, comme on le croit souvent, une main d’œuvre bon marché qu'on traitait presque en esclave. Très tôt, les métiers se sont organisés en corporations dans les villes et les villageois savaient se regrouper pour faire valoir leurs droits ou en revendiquer de nouveaux. Les seigneurs gouvernaient en réunissant régulièrement les États Généraux, c'est-à-dire une assemblée constituée de délégués des trois ordres. Et le Tiers-état y était le plus représenté.

    Quand ils ne sentaient pas assez écoutés, les travailleurs n'hésitaient pas à se révolter. Ces révoltes populaires portaient le nom de jacqueries.

     

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    banquiers et marchands moyen age

    Une quatrième classe a fait son apparition à la charnière des XIII° et XIV° siècles, celle des bourgeois, constituée de marchands et de banquiers. Commerçants habiles, le plus souvent roturiers, certains ont amassé de considérables fortunes qui le disputait à l'opulence de certains grands seigneurs.

    Ils n'étaient pas rares que des nobles, parfois de très haut lignage, fassent appel à eux pour renflouer leurs caisses. Dépendant des impôts (et donc en grande partie des récoltes), les budgets ducaux ou comtaux étaient aléatoires, soumis aux caprices de la météo et à la fertilité des sols. Ils prirent donc l'habitude, les mauvaises années, d'emprunter à de riches marchands.

    marchand comptant son or                          banquiers moyen age

    Les lombards, les juifs ou les flamands furent ainsi de grands pourvoyeurs de deniers pour les princes. Ces richesses qu'ils possédaient et cette dépendance qu'ils ont su créer de la part des nobles a rendu les marchands prépondérants. Bientôt, on en compte en grand nombre parmi les conseillers royaux, ducaux ou comtaux. Beaucoup seront anoblis.

    De nombreux diplômés d'université purent acheter des offices (= fonction de gouvernement) dans la justice ou les finances et entrer au service des seigneurs. C'est l'origine de la bourgeoisie, classe à part qu'on finira par nommer la "noblesse de robe" (à cause de leurs toges d'universitaires) par opposition à la "noblesse d'épée", ancestrale et qui nécessitait d'hériter des quartiers de noblesse de tous ses ancêtres.

     

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     Le développement des villes   

    Avec l'apogée des cathédrales et de l'architecture en général, les cités se sont considérablement développées. Populeuses et sales, elles grouillaient d'activité. La construction, le commerce et l'industrie naissante ont permis une forte croissance des villes.

    ville au moyen age                        ville au moyen age

    Certaines cités devinrent si florissantes qu'elles purent obtenir des seigneurs des exemptions d'impôts, exceptions légales, franchises et de nombreux autres avantages. Elles expérimentèrent les prémices de la démocratie en élisant des échevins, bourgmestres ou autres maires. Des hôtels de ville se développèrent un peu partout. On y adjoignait généralement un beffroi. Ces hautes tours civiles étaient destinées à démontrer que les évêques ou les seigneurs n'étaient plus les seuls à pouvoir prétendre à l'édification de monuments imposants.

    beffrois

     

    Voilà ! Vous savez maintenant un peu mieux comment s'organisait la société du Moyen-Age. De quoi s'apercevoir que ce n'était pas le monde de machos brutaux et incultes, se comportant avec leurs paysans comme des despotes cruels qu'on nous décrit parfois. La réalité est bien plus nuancée, comme toujours. Et si tout n'était pas parfait, on est quand même loin des idées reçues et des lieux communs véhiculés trop souvent.

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Vabo
    Lundi 7 Septembre 2015 à 11:22

    Bonjour, pourriez me dire ou vous avez trouvé l'illustration de gauche dans "Le développement des villes", celle représentant un marché vu de haut, s'il vous plait? 

    2
    Jeudi 10 Septembre 2015 à 11:09

    Hélas, je suis incapable de vous répondre. Je passe beaucoup de temps à faire des recherches d'images que j'enregistre ensuite sur mon disque dur. Je me rappelle rarement la source exacte. Désolé !

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